Alors on chante
On chantait. Dans les usines, aux champs, sur les bateaux. Pour tenir debout, pour que le temps passe moins lourd, pour narguer les contremaîtres et faire croire au soleil. Puis le travail a changé de forme et les chants ont disparu, avalés par l’open-space, la logistique et les algorithmes, peut-être. Les frères Rifflet reviennent de cette disparition les mains pleines de sons et d’images d’hier et d’aujourd’hui, qu’ils combinent avec malice pour faire sonner le réel autrement. L’un grand manipulateur d’images et cinéaste, l’autre saxophoniste et compositeur au style hypnotique et répétitif, mêlant jazz, minimalisme, transe et musique électronique. Ils font ensemble une symphonie sonore et visuelle contemporaine avec, entre autres, les images prises et les sons enregistrés des trieuses d’amandes en Sicile, ceux des agrafeuses de cartons dans un entrepôt de livraisons massives et ceux qu’ils ont rencontrés la semaine dernière dans une entreprise en face de chez nous. Un théâtre visuel et musical qui rejoue l’histoire et nous parle à sa façon de ce que devient le monde du travail.